Introduction

ONG, associations, entreprises publiques et privées : pourquoi la maîtrise des risques est-elle devenue une exigence stratégique de gouvernance ?

Toute Organisation évolue dans un environnement marqué par l’incertitude. Les ONG, associations, entreprises publiques et privées sont quotidiennement confrontées à des risques financiers, opérationnels, stratégiques, juridiques, institutionnels, technologiques et réputationnels.

Pourtant, de nombreuses Organisations continuent de gérer les risques essentiellement lorsqu’un incident survient : une irrégularité financière, une rupture de financement, un conflit de gouvernance, une défaillance opérationnelle ou une crise de réputation.

Cette approche réactive peut entraîner des pertes importantes, compromettre la réalisation des objectifs et fragiliser la confiance des partenaires.

Une Organisation ne devient pas vulnérable uniquement parce qu’elle est exposée à des risques. Elle le devient surtout lorsqu’elle ne dispose pas des mécanismes nécessaires pour les identifier, les comprendre et les maîtriser.

La cartographie des risques constitue, dans cette perspective, un instrument essentiel de gouvernance. Elle permet de transformer des incertitudes parfois diffuses en informations structurées, exploitables et utiles à la décision.

La question fondamentale n’est donc plus de savoir si une Organisation est exposée aux risques, mais plutôt : connaît-elle ses risques majeurs et dispose-t-elle des moyens nécessaires pour les maîtriser ?

1. Comprendre la cartographie des risques : un outil d’aide à la décision stratégique

Selon la norme ISO 31000:2018, le risque correspond à l’effet de l’incertitude sur les objectifs. Cette définition présente un intérêt majeur : le risque ne se limite pas aux menaces. Il peut également concerner les opportunités et les écarts positifs ou négatifs par rapport aux résultats attendus.

La cartographie des risques peut être définie comme une représentation structurée des risques auxquels une Organisation est exposée, permettant de les identifier, de les analyser, de les évaluer et de les hiérarchiser.

Elle répond à cinq interrogations essentielles :

  • Quels événements ou situations pourraient compromettre nos objectifs ?
  • Quelles sont les causes et les conséquences possibles de ces événements ?
  • Quelle est leur vraisemblance et quelle serait leur gravité ?
  • Quels dispositifs de maîtrise existent déjà et sont-ils efficaces ?
  • Quels risques nécessitent une intervention prioritaire ?

La cartographie ne constitue donc pas une simple liste de difficultés potentielles. Elle permet aux organes dirigeants et aux responsables opérationnels de disposer d’une vision consolidée des vulnérabilités de l’Organisation.

Cartographier les risques, c’est rendre visibles les menaces susceptibles de compromettre des objectifs que l’Organisation s’est engagée à atteindre.

2. Pourquoi la gestion des risques est-elle devenue incontournable ?

La gestion des risques s’inscrit aujourd’hui au cœur des exigences de bonne gouvernance, de contrôle interne et de performance organisationnelle.

Le référentiel COSO ERM (2017) souligne l’importance d’intégrer la gestion des risques à la stratégie et à la performance. La norme ISO 31000:2018 insiste, quant à elle, sur son intégration aux activités, aux processus décisionnels et aux responsabilités organisationnelles.

Cette évolution repose sur une réalité fondamentale : les risques ne peuvent plus être considérés comme des questions exclusivement techniques relevant des auditeurs ou des responsables financiers. Ils concernent l’ensemble de l’Organisation.

Pour les ONG et associations

Les principaux risques peuvent notamment concerner la dépendance financière à certains partenaires, les irrégularités dans l’utilisation des subventions, la faiblesse des procédures de contrôle, la protection des bénéficiaires, les difficultés d’accès aux zones d’intervention, la fraude, les conflits d’intérêts ou le non-respect des obligations contractuelles.

Une défaillance importante peut compromettre la continuité des programmes, fragiliser la crédibilité de l’Organisation et affecter ses relations avec les partenaires techniques et financiers.

Pour les entreprises publiques

Les risques peuvent porter sur la qualité du service public, la gestion des ressources, la commande publique, la continuité des activités, la conformité réglementaire, les investissements, les systèmes d’information et la gouvernance institutionnelle.

La maîtrise des risques contribue ainsi à sécuriser les décisions, à améliorer la qualité des services et à renforcer la redevabilité dans l’utilisation des ressources publiques.

Pour les entreprises privées

Les risques concernent notamment la trésorerie, la rentabilité, les opérations, la concurrence, la cybersécurité, les ressources humaines, la conformité et la réputation.

Une gestion structurée des risques permet de protéger les actifs, d’améliorer la qualité des décisions et de renforcer la capacité d’adaptation de l’entreprise.

Dans tous les cas, la gestion des risques ne vise pas à supprimer toute incertitude, mais à permettre à l’Organisation d’agir avec une meilleure connaissance de ses vulnérabilités.

3. Les principales familles de risques organisationnels

Une cartographie efficace doit être adaptée à la nature, à la mission, aux activités et à l’environnement de chaque Organisation.

Catégories de risquesExemples de manifestations
StratégiquesMauvais choix d’orientation, dépendance à un financement, inadéquation entre les activités et la mission
FinanciersFraude, détournement, tensions de trésorerie, dépenses inéligibles
OpérationnelsDéfaillance des processus, retards, insuffisance de compétences, interruption des activités
Juridiques et de conformitéNon-respect des lois, des contrats, des obligations fiscales ou des exigences des partenaires
GouvernanceConflits d’intérêts, concentration des pouvoirs, responsabilités mal définies
RéputationnelsPerte de confiance, scandales, communication inadaptée, plaintes non traitées
TechnologiquesCyberattaques, perte de données, défaillance des systèmes d’information
Sécuritaires et environnementauxInsécurité, catastrophes, accidents, perturbations climatiques

Précision méthodologique : ces huit familles constituent une grille de lecture indicative et non une classification officielle unique. Une Organisation peut être exposée à plusieurs risques interdépendants, dont les effets se renforcent mutuellement.

Par exemple, une insuffisance du contrôle interne peut favoriser une irrégularité financière qui, à son tour, provoque une perte de confiance du partenaire financier et une suspension des financements.

Un risque opérationnel mal maîtrisé peut ainsi devenir un risque stratégique majeur.

4. Comment élaborer une cartographie des risques réellement opérationnelle ?

La démarche doit être méthodique, participative et adaptée au fonctionnement réel de l’Organisation.

Étape 1 — Définir le contexte et les objectifs

Il convient d’examiner la mission, les objectifs, les activités, les processus, les ressources, les parties prenantes et l’environnement institutionnel. Cette étape permet d’identifier les enjeux que la gestion des risques doit contribuer à protéger.

Étape 2 — Identifier les risques

L’identification peut mobiliser plusieurs techniques complémentaires : entretiens, ateliers participatifs, analyse documentaire, examen des incidents antérieurs, observations des processus et exploitation des rapports d’audit. L’objectif est de recueillir une information suffisamment représentative des réalités de l’Organisation.

Étape 3 — Analyser et évaluer les risques

Chaque risque est examiné selon des critères préalablement définis, notamment sa vraisemblance et la gravité de ses conséquences.

Une matrice de criticité peut faciliter cette analyse. Il convient cependant de distinguer le risque inhérent, apprécié avant prise en compte des dispositifs de maîtrise, du risque résiduel, évalué après considération de ces dispositifs.

Les échelles utilisées doivent être cohérentes et documentées. Une multiplication mécanique de scores ne saurait remplacer le jugement professionnel, notamment pour les événements rares aux conséquences potentiellement catastrophiques.

Étape 4 — Hiérarchiser les risques prioritaires

Tous les risques ne nécessitent pas le même niveau d’attention. La hiérarchisation permet d’orienter les ressources vers les risques les plus significatifs au regard des objectifs, de la capacité de l’Organisation et des critères de risque retenus.

Étape 5 — Définir les mesures de traitement

Selon la nature du risque, plusieurs options peuvent être envisagées : éviter certaines activités, réduire la vraisemblance ou les conséquences, partager certains risques ou les accepter dans des conditions définies.

Chaque mesure doit être associée à un responsable, à des ressources, à un calendrier et à des modalités de suivi.

Étape 6 — Assurer le suivi et l’actualisation

Une cartographie n’est pas un document figé. Elle doit être réexaminée périodiquement et lors de changements significatifs : nouveaux financements, évolution réglementaire, transformation organisationnelle, crise sécuritaire, changement stratégique ou incident majeur.

Une cartographie qui n’est jamais actualisée finit par décrire les risques d’hier plutôt que ceux auxquels l’Organisation est confrontée aujourd’hui.

5. Cartographie des risques et contrôle interne : deux mécanismes complémentaires

La gestion des risques et le contrôle interne poursuivent des finalités étroitement liées, sans pour autant être interchangeables.

La gestion des risques permet d’identifier les incertitudes susceptibles d’affecter les objectifs et de déterminer les réponses appropriées.

Le contrôle interne contribue notamment à maîtriser les risques associés aux opérations, à l’information et à la conformité, en fournissant une assurance raisonnable quant à l’atteinte des objectifs concernés.

Le cadre COSO relatif au contrôle interne (2013) met notamment en évidence cinq composantes interdépendantes : environnement de contrôle, évaluation des risques, activités de contrôle, information et communication, et pilotage.

La cartographie permet ainsi d’orienter les contrôles vers les zones de vulnérabilité prioritaires.

Le véritable enjeu n’est pas de multiplier les contrôles, mais de mettre en place les contrôles pertinents face aux risques réellement encourus.

Une Organisation peut disposer d’un manuel de procédures volumineux tout en demeurant exposée à des risques majeurs si ses contrôles ne sont ni adaptés, ni appliqués, ni évalués.

6. La responsabilité des organes de gouvernance et du management

Une gestion efficace des risques suppose une répartition claire des responsabilités.

Les organes de gouvernance doivent exercer une supervision appropriée du dispositif, examiner les risques majeurs et s’assurer que les mécanismes de maîtrise sont cohérents avec les orientations de l’Organisation.

La direction exécutive ou générale est responsable de l’Organisation opérationnelle du dispositif, dans les limites de ses attributions.

Les responsables de processus doivent identifier, gérer et suivre les risques relevant de leurs activités.

Les fonctions de contrôle et d’audit interne, lorsqu’elles existent, contribuent respectivement au suivi des dispositifs et à leur évaluation indépendante, selon leurs mandats.

Le modèle des trois lignes de l’Institute of Internal Auditors (IIA, 2020) apporte un cadre utile pour clarifier ces responsabilités.

Cette Organisation évite une confusion fréquente : considérer que la gestion des risques relève exclusivement du service d’audit ou du responsable du contrôle interne.

La gestion des risques est une responsabilité collective, mais elle exige des responsabilités individuelles clairement établies.

7. Les erreurs qui compromettent l’efficacité d’une cartographie

Certaines pratiques peuvent réduire considérablement l’utilité d’un dispositif de gestion des risques.

  1. Élaborer une cartographie uniquement pour satisfaire une exigence d’audit, de certification ou de financement.
  2. Confier l’exercice à un nombre trop limité d’acteurs, sans associer suffisamment les responsables des processus concernés.
  3. Produire une matrice de risques sans définir de plan de traitement opérationnel.
  4. Négliger l’évaluation de l’efficacité des contrôles existants.
  5. Ne pas intégrer les résultats de la cartographie dans les décisions stratégiques, les budgets, les plans d’action et les mécanismes de suivi.

Dans ces situations, la cartographie existe formellement, mais son influence sur la gouvernance demeure limitée.

Une cartographie des risques n’a de véritable valeur que lorsqu’elle contribue à modifier les décisions, les priorités ou les pratiques de l’Organisation.

8. ELIBARK CONSULTING : transformer la gestion des risques en levier de gouvernance et de performance

Pour les ONG, associations, entreprises publiques et privées, la principale difficulté n’est pas toujours de comprendre l’importance de la gestion des risques. Elle consiste souvent à savoir comment mettre en place un dispositif proportionné, opérationnel et adapté aux réalités de l’Organisation.

C’est précisément dans cette perspective qu’intervient ELIBARK CONSULTING.

Le cabinet accompagne les Organisations dans l’amélioration de leur gouvernance, de leur contrôle interne, de leur gestion des risques, de leurs mécanismes de redevabilité et de leur performance organisationnelle.

Son approche vise à dépasser la simple production de documents techniques pour favoriser une véritable appropriation des outils par les organes dirigeants et les équipes opérationnelles.

Selon les besoins identifiés, l’accompagnement peut notamment porter sur :

  • le diagnostic des dispositifs existants de gestion des risques et de contrôle interne ;
  • l’identification, l’analyse et l’évaluation participative des risques ;
  • l’élaboration ou l’actualisation d’une cartographie des risques ;
  • la conception d’un registre des risques et d’un plan de traitement ;
  • l’évaluation des dispositifs de contrôle existants ;
  • la clarification des responsabilités en matière de gestion des risques ;
  • le renforcement des capacités des organes de gouvernance et des équipes ;
  • la mise en place de mécanismes de suivi, de reporting et d’actualisation.

L’ambition est de permettre à chaque Organisation de disposer d’un système qu’elle comprend, qu’elle maîtrise et qu’elle peut faire évoluer.

Notre conviction : la gestion des risques ne doit pas être une contrainte administrative supplémentaire. Elle doit devenir un outil concret de sécurisation des décisions, de protection des ressources et de renforcement de la performance.

Conclusion

Aucune Organisation, quelle que soit sa taille ou son expérience, ne peut prétendre être à l’abri des risques. Cependant, toutes peuvent renforcer leur capacité à les anticiper et à en limiter les conséquences.

La cartographie des risques constitue une première étape structurante. Elle offre aux dirigeants une vision des vulnérabilités, facilite la priorisation des actions et contribue à l’amélioration continue des mécanismes de gouvernance et de contrôle interne.

Son efficacité dépend néanmoins de sa qualité méthodologique, de l’engagement des responsables et de son intégration dans les décisions quotidiennes.

Une Organisation résiliente n’est pas celle qui ne rencontre jamais de difficultés. C’est celle qui développe la capacité de les anticiper, de les maîtriser et d’en tirer les enseignements nécessaires.

La maîtrise des risques ne garantit pas l’absence de crise. Elle permet de mieux s’y préparer.

Passez de l’incertitude à une gestion maîtrisée des risques

Faites le premier pas avec ELIBARK CONSULTING

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Références bibliographiques

  1. International Organization for Standardization (ISO). (2018). ISO 31000:2018 — Management du risque — Lignes directrices.
  2. Committee of Sponsoring Organizations of the Treadway Commission (COSO). (2017). Enterprise Risk Management — Integrating with Strategy and Performance.
  3. Committee of Sponsoring Organizations of the Treadway Commission (COSO). (2013). Internal Control — Integrated Framework.
  4. Institute of Internal Auditors (IIA). (2020). The IIA’s Three Lines Model: An Update of the Three Lines of Defense.
  5. Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). (2023). Principes de gouvernance d’entreprise du G20 et de l’OCDE 2023.